"MOI
LE TONNIER"

« Ligne de vie »

Francoise COSTE a écrit…

« … Le  BALISEUR ! Il vient chaque fois que la mer et le fleuve s’en sont donné à cœur joie et qu’ils ont tout déplacé.

D’abord, j’entends son moteur, je le reconnais tout de suite, de très loin, impossible à confondre avec un autre. Il faut dire que c’est un bruit très spécial, merveilleux, sourd, régulier, lent, un bruit de vieux moteur comme on n’en fait plus, un bruit rassurant.

C’est un bateau solide, sérieux, un bateau de travail. Quelle présence ! Quel travail inlassable dans le grand désordre de cette eau, de ce sable.

Je l’entends venir et je me dis, je le savais, j’ai vu que toutes les lignes ont bougé et que plus rien n’est à la bonne place, les balises rouges et vertes.

Je ne suis pas le seul à penser que la place des lignes est une chose importante, ça me réconforte. J’aime ce bateau parce qu’il bataille avec la mobilité des lignes… »

© Association Somme II

Marquer les repères
avec des bouées

Marques de balisage essentielles à la navigation en baie

64 bouées, en acier riveté puis soudé, jalonnent les chenaux de la Somme…

Ces drôles d’objets

configurés, nommés, chiffrés et peints selon un code précis s’agitent sur l’eau…

Comment décrypter le message ?

© Christian Porquet

Premier repère : gabarit et silhouette

…Du pied de mer vers les ports… 

Le gabarit régresse.

A l’entrée de la baie, les silhouettes impressionnantes des « sphéroconiques no 1 »

Puis, des figures de plus en plus modestes « les sphéroconiques no 2 »  et « no 3 » 

viennent ensuite les « biconiques »

et enfin les « cigares »…

© Association Somme II

Deuxième repère : teinte et numéro

© Christian Porquet

Tribord verte impair

© Christian Porquet

Bâbord rouge pair

Troisième repère : avec ou sans feu à éclats

La plupart « passives »

Une dizaine « lumineuses »

Quatrième repère : avec une ou plusieurs lettres

© Christian Porquet

ATSO, S1, S2, BIF… (glossaire)

L1 à L6, les lumineuses

C1 à C10, les crotelloises

Toutes ces bouées participent au « balisage flottant »

Type de balisage qui regroupe toutes les bouées destinées à être mouillées en eau…

Par opposition au « balisage fixe »

Type de balisage qui comprend les espars, les feux de ports et les phares

Tout ce qui est fixe à terre comme en mer…

GLOSSAIRE

ATSO : Atterrage Somme

Bouée Lumineuse rouge et blanche

Repère placé au milieu de l’estuaire pour en signaler l’entrée

S1/S2

Ces 2 bouées indiquent l’entrée du Chenal de la Somme

BIF : Bouée de bifurcation

Bouée jaune et noire,

Repère de bifurcation entre le Chenal du Crotoy et le Chenal de la Somme

SOMME II
Expert en balisage flottant

« Depuis ce 2 août 1950, jour de mon arrivée en baie de Somme, le temps a passé.

 

Je ne me sens plus un jeunot, baliser la baie n’a plus aucun secret pour moi.

Dorénavant,  je promène ma respectable silhouette sur les eaux de la baie.

 

J’ai même acquis quelque notoriété,

on me surnomme « Le TONNIER »,

effectivement, je déplace des bouées ou « tonnes »… ».

Le SOMME II balise la baie de Somme selon un scénario immuable.

Après chaque marée de « vives eaux »

A pied ou à bord d’une yole, le nouveau tracé des chenaux est repéré et signalé

Ensuite, les bouées dissidentes sont déplacées…

© Association Somme II

Le baliseur SOMME II pratique « le balisage par portes »

© Association Somme II

Les bouées bâbord et tribord sont mouillées face à face de part et d’autre du chenal formant une porte par laquelle les navires doivent passer…

Par opposition au « balisage alterné »

où les bouées sont mouillées alternativement à bâbord et à tribord…

« Tous les 15 jours, « branle-bas de combat », après une marée de vives-eaux,

la baie est sens dessus dessous,

pas d’hésitation,

c’est le moment d’intervenir pour sécuriser la navigation… »

A l’aide d’une yole équipée d’un cabestan manuel et d’un palan à 3 poulies, les bouées-cigares de petit gabarit sont remises en bonne place.

« Je suis sollicité pour déplacer les bouées de calibre plus imposant,

les biconiques et les sphéroconiques… »

© Association Somme II

une bouée, comme un iceberg, comprend deux parties

le corps flottant, partie émergée

le corps-mort, partie immergée

Le corps-mort, relié au corps flottant par une chaîne, maintient la bouée en place…

« Me voilà fin prêt, pendant la marée de « mortes-eaux » qui suit,

 je remplis ma noble fonction.

 Tout d’abord, désensouiller le corps-mort profondément enfoui dans la vase.

Un moment délicat…

Au moyen d’un grappin, attraper la chaîne et tirer, tirer et tirer encore… avec l’aide d’un puissant cabestan.

Extraire le corps-mort, récupérer la bouée et la replacer à l’endroit indiqué.

Une fois, deux fois, trois fois… autant de fois que de bouées dissidentes…

Toutes les rebelles sont en bonne place,

MISSION ACCOMPLIE.

Retour au port pour un repos bien mérité. »

GLOSSAIRE

YOLE : Petit bateau non ponté propulsé à l’aviron

MAREES VIVES-EAUX : Marée de très forte amplitude

MAREES MORTES-EAUX : Marée de faible amplitude

CABESTAN : treuil électrique ou manuel

PALAN A 3 POULIES : mécanisme permettant de soulever des objets lourds

GRAPPIN : crochet adapté pour saisir des objets

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