SOMME II
UN DEMI-SIÈCLE DE BALISAGE

Une longue vie de balisage en baie de Somme

«  Mon premier bain de mer, souvenez-vous…

1950 dans le bassin d’ARCACHON…

Ce jour-là, au moment où j’ai mis les pieds dans l’eau,

Ils ont tous crié :

« LONGUE VIE AU BALISEUR DE LA BAIE DE SOMME »

© Association Somme II

 Une boutade, non, une réalité…

Nous sommes en 1999, je suis toujours là,

½ siècle de balisage en baie de Somme à moi tout seul…

Qui dit mieux ?

A mon bord, un équipage d’enfer, un rôle pour chacun, une mission pour tous… »

Cinq marins sur le baliseur SOMME II, on les appelle les baliseurs.

Un capitaine maître du balisage, un mécanicien expert en DG3,

3 matelots opérateurs sur le pont.

« Un métier palpitant…une position sociale honorable… »

Baliser la baie

Entretenir baliseur et bouées

Assister et sauver navires et imprudents

Fêter la mer, honorer les disparus…

© Association Somme II
© Association Somme II
© Association Somme II
© Association Somme II

« Baliser la baie de Somme, c’est manuel, physique, empirique…

 Cependant très fin en positionnement…

Je me souviens de ma dernière campagne de balisage, le 2 novembre 1999… »

QUELLE EMOTION !!!

La dernière !!!

« Ce mardi au petit matin, le jour se fait attendre, dès 6h la surface lisse de l’eau se trouble

de minuscules petits cercles de plus en plus nombreux. Le vent est tombé, mais les restes de la tempête du week-end laissent présager de belles lames en sortie de Baie…

Le chenal est plus que jamais à côté de ses tonnes !

A bord, comme à terre, le travail est parfaitement organisé…Didier descend à la salle des machines pour démarrer les moteurs, celui de propulsion puis celui du cabestan… Philippe et Jean-Charles prennent les guides du mât de charge tandis que Didier actionne le treuil…

 

L’heure d’appareiller arrive, les amarres sont larguées… La hauteur d’eau de 84 permettra de rallier la bouée 28 sans encombre…Philippe gouverne depuis la passerelle, guidé alternativement par Fredo ou Jean-Charles, qui face au vent dirige le projecteur de proue sur les bouées et les bans de sable en indiquant le cap à suivre…

A l’approche de la 28, chacun se prépare…

Jean-Charles se muni de son grappin attaché à un bout d’amarrage, Didier lance le treuil à mi-vitesse. Fredo prépare une élingue pour agripper la chaîne. Philippe termine son approche, stoppe les machines quelques mètres avant la bouée… Le grappin est lancé tandis que Jean-Charles passe le bout dans les rouleaux du pavois. Un cri et Didier enroule le bout sur le treuil. Un autre cri et le cabestan s’arrête….La bouée pend à l’envers sur bâbord, Jean-Charles fixe la bouée pour la maintenir…

A présent, il faut saisir la chaîne du corps mort pour le dérader…

Le corps-mort est enfoui sous plusieurs mètres de sable. On opère à petite vitesse. La poupe se soulève doucement tandis que la proue s’enfonce. Les chaînes sont tendues à bloc, grincent, se déforment. Le cabestan cale, la sirène d’alarme siffle. Philippe court redémarrer le moteur, tandis que Didier bloque le cabestan. A chaque lame, la chaîne se détend puis se tend brutalement. Au cabestan Didier tente d’amener le mou à chaque creux pour éviter les à-coups sur la chaîne, et progressivement celle-ci se détend. Jean-Charles a les yeux rivés sur la proue.

Plouf !, la proue retombe…

Le corps-mort est hissé à bord. Fredo l’amarre à l’aide d’un bout… Puis, sur les conseils de Jean Charles, Philippe déplace le bateau vers la nouvelle position de la bouée. Au signal, machine arrière, Fredo largue le corps-mort et Jean Charles la bouée.

Et de une !

La seconde bouée sera plus rebelle, le grappin perdra une dent ! Mais la puissance du cabestan triomphe toujours des corps-morts les plus ensouilllés.

A  la 4eme bouée, les choses se compliquent. Le Somme II déjà fortement enfoncé à la proue donne des à-coups d’autant plus forts que la houle grossit, et soudain…

Blang ! La chaîne se brise…

Une chaîne, dont les maillons ont pourtant une section de 30 mm. Le corps-mort est perdu. Une nouvelle chaîne, un corps-mort de rechange, 2 manilles, quelques coups de chalumeau et à l’aide du mât de charge la ligne neuve est prête à être mise à l’eau.

 

Vers 10h, Philippe accorde une petite pause casse-croûte. 15 minutes plus tard, tout le monde retourne à son poste. Les bouées 9, 10,11 et 12 sont accessibles, mais il faut faire vite. Malheureusement la bouée 12 sera récalcitrante, le grappin en perd ses dents ! …La bouée 12 terminée…

Il faut s’amarrer pour l’échouage.

Il ne reste plus qu’à attendre. On sert l’apéro pour se réchauffer…Le repas terminé, certains s’allongent sur les couchettes ou sur le pont, d’autres s’isolent pour méditer. Le bruit de l’eau nous berce. Au loin, des phoques nous observent avec curiosité. Les bancs de sable se découvrent, Le Hourdel et Le Crotoy sont à portée de pieds….

 

L’attente se prolonge jusque 16 heures. Le vent s’est levé avec la mer. Le flot passe. L’eau monte, le navire frémit. Il se tourne face au courant avant de renflouer totalement. Didier démarre les moteurs.

Il reste encore 5 bouées en amont à faire avant la nuit et le reflux. Chacun fait au plus vite, Jean Charles déplace les bouées avec une précision d’expert…

 19h30, c’est l’heure de rentrer, 18 bouées en tout aujourd’hui.

Le retour ressemble à l’aller … une journée de plus…

Ma dernière journée de balisage…

 

Je passe la main…

 

L’heure de ma retraite a sonné. »

GLOSSAIRE

BÂBORD : Côté gauche d’un navire en regardant vers l’avant

TRIBORD : Côté droit …

PROUE : Avant d’un navire

POUPE : Arrière d’un navire

MÂT DE CHARGE : Système permettant de charger, et déplacer les bouées

BOUT D’AMARRAGE : Cordage permettant de maintenir le grappin

ELINGUE : Câble dont l’extrémité permet d’agripper la chaîne

PAVOIS : Partie de la coque du navire au-dessus du pont

CABESTAN : treuil électrique ou manuel

GRAPPIN : crochet adapté pour saisir des objets

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